« Marrakech
Temps d’été observé dans le Maroc espagnol, pas dans le français. Les soldats de Franco dans les gares habillés presque exactement comme ceux du gouvernement espagnol. Bagages fouillés dans le train, mais par inadvertance, par un officiel espagnol typique. Un autre officiel entra et confisqua tous les journaux français, même ceux favorables à Franco. Les voyageurs français très amusés par ceci et dito l’officiel qui évidemment réalisa l’absurdité de cela.
Le Maroc espagnol évidemment moins développé que le français, dû peut-être à la nudité de cette zone particulière. Plus loin dans le sud, dans le Maroc Français, grand contraste entre les zones cultivées par les maures et les européens. Ces derniers ont d’énormes zones consacrées au blé (1.000.000 d’acres que l’on dit cultivés par 3.000 français avec des travailleurs de couleur), des champs si vastes qu’ils touchent l’horizon de chaque côté de la ligne de chemin de fer. Grand contraste dans la fertilité. Terre grasse par endroits et très noire, à d’autres presque comme de la brique pilée. Au sud de Casablanca le pays généralement plus pauvre, pour la plupart pas cultivé et donnant chichement pâture aux animaux. Sur à peu près 50-100 kms. Nord de Marrakech désert actuel, sol et collines de sable, et éclats de roches, totalement privé de végétation. Animaux : à la fin du Maroc espagnol les chameaux commencent à apparaître, devenant de plus en plus communs jusqu’aux abords de Marrakech où ils sont aussi courant que les ânes, les moutons, les chèvres, également nombreuses. Pas beaucoup de chevaux, peu de mules. Vaches dans les meilleures terres. Bovins labourant près de Marrakech mais aucun plus au nord. Tous les animaux pratiquement sans exception dans une condition misérable. ( on dit que cela est dû à deux années de famine consécutives).
Casablanca est en apparence une ville complètement française ( de 150.000 – 200.000 habitants, un tiers de ceux-ci européens). Evidemment tendance considérable des deux côtés à vivre à part de l’autre. Les européens font des travaux manuels, et de menues tâches de toutes sortes, mais bien sûr mieux payés que les maures. (au cinéma que des maures dans les fauteuils les moins chers, dans les bus nombreux sont les blancs ne voulant pas s’asseoir à côté d’un maure). Le niveau de vie ne semble pas exceptionnellement bas. Mendicité nettement moindre qu’à Tanger où Marrakech.
Marrakech a de grands quartiers européens mais est une ville plus typiquement maure. Les européens n’y ont pas de travaux mineurs, sauf dans les restaurants etc. (a). Chauffeurs de taxis européens à Casablanca, Maures à Marrakech. Mendicité si forte qu’il en est intolérable de se promener dans les rues. Pauvreté sans nul doute extrêmement sévère. Les enfants supplient pour du pain, et une fois donné le mange avidement. Dans le quartier du bazar, beaucoup de gens dorment dans les rues, littéralement une famille sous chaque porche. La cécité extrêmement courante, quelques mycoses et un certain nombre de déformations. Un grand nombre de réfugiés campant hors de la ville. On dit que ce sont quelques-uns de ceux fuyant les zones de famine du sud, remontant vers le nord.
On dit qu’ici il est interdit par la loi de faire pousser du tabac dans son jardin.
[Notes d’Orwell]
(a) Beaucoup de serviteurs etc. qui ressemblent à des européens parlent entre eux en arabe & sont probablement des eurasiens.